Le @ dans le langage : inclusion ou confusion ?

Michal Kazimierczak 8 min
Instituto Hispánico de Murcia - Le @ dans le langage : inclusion ou confusion ?

Avez-vous déjà reçu un e-mail commençant par « Querid@s compañer@s » et vous êtes-vous demandé d’où venait ce symbole étrange au milieu d’un mot ? Ou pourquoi certaines personnes écrivent-elles niñ@s ou alumn@s au lieu de « children » ou « students » ? Si la réponse est oui, continuez à lire car cet article est fait pour vous.

Nous allons parler du célèbre signe at (@), ce symbole qui est devenu le protagoniste de l’une des controverses les plus vives sur la langue inclusive en espagnol. Est-il vraiment utile d’inclure tous les genres ? D’où vient exactement ce symbole ? Et que pensent les experts ? Spoiler : l’histoire de l’at est bien plus ancienne et plus curieuse que vous ne l’imaginez.

Que signifie vraiment utiliser le signe de la marque dans des mots comme « tod@s » ?

Depuis quelques années, le signe « at » est utilisé comme une solution rapide et visuelle pour éviter d’écrire à la fois masculin et féminin. Ainsi, au lieu de dire « tout le monde », certaines personnes écrivent « tod@s ». Il en va de même pour amig@s, niñ@s, profesor@s, etc. L’idée derrière cela est bonne : inclure tout le monde, sans laisser personne de côté.

Cet usage, cependant, n’apparaît que par écrit, pas dans la parole. Comment prononce-t-on « @ » ? C’est impossible. Il n’y a aucun son en espagnol qui représente ce symbole. Et voici que commence le premier grand problème : il est impossible  de lire à voix haute des phrases avec des arrobas sans avoir à expliquer ce que l’on veut dire.

De plus, la Grammaire académique et le Dictionnaire panhispanique des doutes (DRAE) soulignent que cet usage est inutile et inapproprié, puisque la forme plurielle masculine en espagnol a toujours fonctionné comme un genre non marqué, c’est-à-dire comme une forme incluant hommes et femmes au pluriel. Quand nous disons « les garçons », nous faisons référence à la fois aux garçons et aux filles. Et même si cela peut sembler injuste ou non représentatif pour certains, la logique du langage ne coïncide pas toujours avec les luttes sociales.

Mais d’où vient vraiment @ ?

Voici maintenant le meilleur moment. Bien que beaucoup pensent que le signe at est né avec Internet et les e-mails, la vérité est que ce symbole a un passé très long et surprenant. Remontons le temps.

L’une des théories les plus pittoresques affirme que l’arroba représentait une amphore (un ancien récipient pour transporter du vin ou de l’huile), et que son utilisation est documentée dès 1536. Un marchand italien nommé Francesco Lapi écrivit une lettre dans laquelle il mentionnait un « vin @ », équivalent à une fraction de tonneau. Dans ce contexte, le at n’était qu’une mesure.

En fait, le mot « at » existait déjà en espagnol bien avant le clavier ou les ordinateurs. C’était (et c’est toujours) une unité de poids équivalente à un quart de quintal, c’est-à-dire entre environ 11 et 13 kilos. Donc oui, même si cela vous semble étrange, le mot vient de l’arabe ar-rubʿ qui signifie « la quatrième partie ».

Comment le at s’est-il retrouvé dans votre adresse e-mail ?

Le grand saut du @ au monde numérique a eu lieu en 1971, lorsque Ray Tomlinson, un ingénieur américain, a dû créer un système pour envoyer des messages entre ordinateurs. Pour cela, il devait trouver un symbole qui ne faisait pas partie des noms d’utilisateur, et qui pouvait séparer le nom du serveur.

Et qu’a-t-il trouvé sur le clavier ? La vieille connaissance : @.

Comme le panneau d’entrée était déjà présent dans les machines à écrire pour usage commercial, Tomlinson pensa : « Ça fera l’affaire. » C’est ainsi qu’est née la structure que nous utilisons aujourd’hui : usuario@dominio.com. En fait, en anglais, il se prononce « at » (ce qui signifie « in »), et cela a du sens : « username on the server ».

Grâce à Internet, le @ est devenu un symbole universel. De nos jours, il est impossible de concevoir l’email ou les réseaux sociaux sans eux. Instagram, Twitter, TikTok… Tout le monde utilise le @ pour taguer les utilisateurs. Mais cela ne signifie pas qu’il fonctionne comme un outil pour changer les règles de l’espagnol.

Pourquoi l’utilisation du signe at comme genre neutre ne fonctionne-t-elle pas ?

Revenons au sujet du langage. Utiliser le @ comme remplacement des lettres « a » ou « o » pour parler de tous les genres sonne moderne, visuel, activiste… mais il n’a aucune base linguistique. L’Académie royale espagnole précise clairement que le signe d’at n’est pas un signe linguistique. C’est un symbole commercial, une convention, mais il ne peut pas remplacer les lettres ni être une partie officielle des mots.

De plus, il ne peut pas être appliqué dans tous les contextes grammaticaux. Par exemple, si nous écrivons « niñ@’s Day », l’article « del » est en masculin, ce qui crée une contradiction. Si nous voulions la féminiser, il faudrait dire « de la fille », mais c’est une autre expression. En d’autres termes, la grammaire ne peut pas être tordue aussi facilement.

Des alternatives réelles et correctes pour parler de manière inclusive

Cela signifie-t-il qu’il faut se contenter du masculin générique et oublier l’inclusion ? Pas du tout. L’espagnol possède de nombreuses façons valides et naturelles de parler de manière inclusive sans modifier la structure de la langue. Voici quelques exemples :

  • Utilisez des groupes neutres : au lieu de dire « les élèves », vous pouvez dire « les élèves ».
  • Noms épicènes : mots valides pour les deux genres, tels que la personne, le personnage, l’individu, la victime.
  • Noms se terminant par -e : étudiant, président, amant, interprète… Ce sont des mots qui ne changent pas selon le genre. Un homme et une femme peuvent être présidents, sans avoir besoin d’inventer un « président ».
  • Contexte et équilibre : il n’est pas nécessaire de répéter masculin et féminin dans toutes les phrases. Vous pouvez alterner, jouer avec le langage, chercher des moyens créatifs, mais sans forcer la grammaire.

Et puis… qu’en est-il de mots comme « président » ou « patron » ?

Nous entrons ici dans un autre débat. Certaines formes féminines telles que président, maire ou patron ont été acceptées au fil du temps, bien qu’elles n’aient pas existé à l’origine. Ces mots naissent de la pression sociale et du besoin de représentation, qui est tout à fait légitime.

Cependant, certains soutiennent que ces formes ne suivent pas toujours une logique grammaticale naturelle. Par exemple, si l’on dit président, pourquoi pas président ? Eh bien, c’est là qu’intervient le critère d’utilisation : si un mot commence à être utilisé par de nombreux locuteurs, la langue finit par l’accepter. Et cela fait aussi partie de son évolution.

L’espagnol change, mais il ne se brise pas

L’espagnol est une langue vivante, en constante évolution. Ce qui nous semble étrange aujourd’hui, demain pourrait être dans le dictionnaire. Mais pour qu’un changement soit consolidé, il doit respecter une certaine logique interne et, surtout, être compréhensible et utile pour tous les locuteurs.

L’utilisation de signes tels que @, x ou e (comme dans todxs ou todes) peut avoir une valeur symbolique et politique, mais ce n’est pas toujours pratique ou linguistiquement correct. Et cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas parler avec respect, sensibilité et inclusion. Au contraire, nous disposons de nombreuses ressources dans la langue pour y parvenir sans compliquer nos vies.

En résumé : utiliser ou ne pas utiliser le @ ?

Ça dépend. Si vous écrivez une affiche informelle ou un message WhatsApp et que vous voulez qu’on comprenne que vous parlez de tout le monde, utiliser le @ peut être un geste sympa. Mais si vous rédigez un texte académique, un e-mail professionnel ou une publication publique,  il vaut mieux opter pour des formes inclusives reconnues par la grammaire.

Et si vous voulez être créatif, moderne et clair, souvenez-vous : le meilleur langage inclusif est celui que tout le monde comprend.

Êtes-vous surpris par l’histoire de l’AT ? Et toi, comment écrives-tu habituellement quand tu veux parler de tout le monde ? Utilisez-vous le @, le x, le « e »… Ou préférez-vous chercher d’autres mots ? Dites-le-nous et, en attendant, continuez à explorer les merveilles de l’espagnol avec nous.

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Eacute;CRIT PAR Michal Kazimierczak
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Bonjour à tous, je m’appelle Gabriela. Je suis vénézuélienne et communicante sociale de profession et de cœur. Passionnée par le processus de communication, j’aime vraiment entrer en contact avec les gens et offrir un accompagnement chaleureux et authentique. Dans mon temps libre, j’adore lire, voyager et découvrir de nouvelles cultures — des expériences qui enrichissent ma façon de voir le monde.

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