La crise mondiale du coronavirus, qui a secoué le monde depuis fin 2019 et pendant plusieurs années, a non seulement modifié nos routines, nos habitudes et notre façon d’interagir, mais a également laissé une empreinte profonde dans notre langue. La langue espagnole, vivante et en constante évolution, reflète dans ses mots l’impact social, politique et économique de cette pandémie.
Les mots liés au Covid-19 et à la crise sanitaire sont devenus les protagonistes du quotidien, occupant une place de choix dans les recherches en dictionnaire, les titres de presse et nos conversations de tous les jours. Des mots comme pandemia (pandémie), epidemia (épidémie), cuarentena (quarantaine), confinamiento (confinement), hipocondría (hypocondrie), asintomático (asymptomatique) et, bien sûr, coronavirus sont entrés dans le vocabulaire général avec une force inouïe. L’Académie royale espagnole (RAE) a reconnu cette réalité en choisissant « confinamiento » comme mot de l’année, symbole clair de l’impact linguistique et social de cette crise.
Bien que le terme coronavirus n’ait pas été initialement inclus dans la dernière édition du Dictionnaire de la langue espagnole (DLE), il a déjà été proposé pour son intégration en raison de son usage massif et généralisé. Il s’agit d’un terme scientifique issu du latin qui décrit une famille de virus ayant une forme extérieure caractéristique rappelant une couronne solaire, d’où son nom.
Il est important de préciser comment écrire et utiliser ce mot : coronavirus s’écrit toujours en un seul mot et avec une minuscule initiale lorsqu’il désigne le nom commun du virus ou, par extension, la maladie causée par ce virus. Par exemple : « Los coronavirus son responsables de enfermedades que afectan tanto a animales como a humanos » (Les coronavirus sont responsables de maladies qui affectent aussi bien les animaux que les humains).
¿El COVID-19 ou la COVID-19 ? Un débat linguistique intéressant
L’un des débats les plus commentés concernant la langue et la pandémie a sans doute été le genre à attribuer à l’acronyme COVID-19, le nom officiel de la maladie causée par le virus SARS-CoV-2.
Les deux options, el COVID-19 et la COVID-19, sont correctes et acceptées. La raison pour laquelle beaucoup de gens utilisent le masculin « el COVID-19 » est liée au genre des mots apparentés, comme coronavirus ou le nom d’autres maladies virales qui adoptent le genre du virus, comme el zika ou el ébola.
Cependant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux médias officiels utilisent « la COVID-19 », arguant que le mot noyau de l’acronyme est enfermedad (maladie), qui est féminin en espagnol. Cet usage au féminin est tout aussi valable et linguistiquement justifié.
Majuscules et minuscules : comment écrire COVID-19
Étant donné que COVID-19 est un acronyme relativement nouveau, il n’est pas encore totalement lexicalisé. Par conséquent, la forme correcte et recommandée est de l’écrire en majuscules avec un trait d’union pour séparer la partie numérique, c’est-à-dire COVID-19. Cependant, si ce mot devient avec le temps un terme courant dépassant son origine d’acronyme, il pourrait finir par s’écrire en minuscules, comme c’est le cas pour de nombreux mots issus d’initiales (par exemple, láser ou radar).
La prononciation de l’acronyme COVID
Il n’existe pas de règle stricte pour l’accentuation prosodique des acronymes en majuscules, mais la prononciation la plus répandue en espagnol est [ko-BÍD], avec la syllabe tonique sur la seconde, suivant un modèle courant pour les mots de structure similaire.
Mots connexes apparus ou popularisés
Outre coronavirus et COVID-19, la pandémie a mis en avant une série de termes qui ont été intégrés ou ont gagné en pertinence dans la langue espagnole :
- Confinamiento (Confinement) : période durant laquelle la population a été contrainte de rester à domicile pour éviter la propagation du virus.
- Cuarentena (Quarantaine) : isolement préventif des personnes susceptibles d’être infectées.
- Asintomático (Asymptomatique) : personne infectée ne présentant aucun symptôme mais pouvant être contagieuse.
- Teletrabajo (Télétravail) : mode de travail à domicile qui s’est généralisé.
- Desescalada (Déconfinement/desserrement) : processus graduel d’allègement des restrictions.
- Pandemia et epidemia : termes distinguant l’échelle de l’épidémie.
- Hipocondría (Hypocondrie) : peur excessive de souffrir de maladies, phénomène qui a augmenté chez certaines personnes durant la pandémie.
Changements sociaux et culturels reflétés dans le langage
La pandémie n’a pas seulement ajouté de nouveaux mots, elle a aussi modifié la façon dont nous utilisons et comprenons de nombreuses expressions. Par exemple, des termes du quotidien comme mascarilla (masque), distancia social (distanciation sociale) ou lavado de manos (lavage des mains) font désormais partie du vocabulaire courant et ont changé de poids et de signification dans nos conversations.
De plus, le langage numérique a explosé avec de nouveaux usages : des néologismes ont été créés, des hashtags et des acronymes liés à la santé, à la protection et à la solidarité se sont popularisés, et une plus grande valeur a été accordée à des expressions autrefois rares.
L’espagnol en temps de pandémie : entre effervescence et permanence
Il est important de comprendre que de nombreux mots surgissant dans des moments exceptionnels, comme une pandémie, peuvent avoir un caractère éphémère. Certaines modes linguistiques disparaissent quand la crise passe, tandis que d’autres restent à jamais dans notre mémoire collective.
Coronavirus et COVID-19 sont, sans aucun doute, des termes qui resteront dans le dictionnaire et dans l’histoire. Mais beaucoup d’autres mots liés à cette époque pourraient devenir des traces linguistiques servant à se souvenir de cette période difficile.
Le rôle des institutions linguistiques
L’Académie royale espagnole (RAE) et les autres institutions liées à la langue jouent un rôle crucial dans la documentation et la normalisation de ces transformations. Le suivi, l’intégration et l’explication des nouveaux termes et usages contribuent à ce que la langue évolue avec cohérence et accessibilité pour tous.
La pandémie a prouvé que la langue n’est ni statique ni éloignée de la réalité sociale, mais un miroir dynamique reflétant les préoccupations, les innovations et les changements de la société.
Réflexion finale : une langue vivante qui accompagne les temps difficiles
La pandémie a mis à l’épreuve non seulement les systèmes de santé et les structures sociales, mais aussi la capacité de la langue à s’adapter et à exprimer ce que nous vivons. La langue espagnole a répondu rapidement, intégrant de nouveaux mots, adaptant des significations et facilitant la communication à une époque où une information claire et précise était vitale.
Ce phénomène linguistique est aussi un rappel que la langue est un patrimoine commun qui grandit et change avec nous. Le Covid-19 ne nous a pas seulement laissé une profonde empreinte sanitaire et sociale, mais aussi un héritage linguistique qui continuera d’être l’objet d’études, d’analyses et de réflexion.




